Chroniques de Jérusalem - BD de Guy Delisle

, par Corinne Ritter

Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle

Chroniques de Jérusalem a reçu le Prix du meilleur album au festival d’Angoulême en 2012.

Guy Delisle est un (auteur de bandes dessinées et un animateur), né à Québec en 1966, il a travaillé pour de nombreux studios à travers le monde. De ces voyages ont été édités deux albums autobiographiques, Shenzen en 2001 et Pyongyang en 2003. Dans la même veine que l’ouvrage décrit ci-dessous, nous lui devons un autre récit d’une expérience personnelle, Chroniques Birmanes, publiées en 2007.

Dans Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle, avec beaucoup d’images et quelques mots, raconte sa vie à Jérusalem, ville dans laquelle il s’est installé avec sa famille dans le cadre de l’ONG Médecins sans Frontières, pour laquelle sa femme travaille. Pendant son séjour, il partage son temps entre son projet de BD et son rôle de père au foyer. Ayant du temps libre il parcourt la ville et le pays, toujours accompagné de son carnet de notes. C’est donc au gré de ses pérégrinations que, tout comme lui, nous découvrons cette ville si particulière et complexe qu’est Jérusalem ainsi que ses alentours. Nous suivons avec intérêt notre guide qui, avec une volonté de faire passer le maximum de messages, n’hésite pas à croquer des schémas explicatifs et faire des renvois à l’Histoire.

Comme dans ses albums précédents le noir et blanc a été choisi pour évoquer cette période de sa vie, quelques touches couleur sable évitent la monotonie. L’emploi de couleurs vives reste circonstancié : le rouge pour le sang et les tirs d’armes ; le vert, bleu ou jaune pour expliquer l’enchevêtrement des zones. L’ouvrage compte 12 parties, correspondant aux douze mois de présence de l’auteur d’août 2008 à juillet 2009 ; il commence par une arrivée et se termine par un départ symbolisé par un avion en première et dernière page.

Dès les premières pages nous sommes plongés dans l’imbroglio qui règne à Jérusalem. La situation des différents territoires est expliquée : le partage en zones (croquis en couleur), le mélange de peuples (Syriens, Grecs, Arabes, Éthiopiens…), la diversité des religions (chrétienne, musulmane, israélite) et des pratiques religieuses, le rôle complexe des différentes ONG (MSF, Breaking the silence).
Nous suivons donc le touriste à la découverte de cette cité millénaire emplie de contrastes. Les flâneries de Delisle nous permettent d’identifier les différents quartiers de la ville : celui de Beit Hanina où il réside : quelques immeubles plantés dans le désert : « trottoirs inexistants, routes défoncées, bagnoles stationnées partout et chaleur écrasante ». Il découvre ensuite la vieille ville avec le Saint Sépulcre et le Mur des lamentations, le Dôme du rocher ; puis les colonies, localisées tout autour de la ville sur des territoires palestiniens avec leurs constructions modernes et leurs populations nombreuses où musulmans et juifs se côtoient. Le mur érigé en Cisjordanie l’inspire : il revient faire quelques croquis au pied de celui-ci .Il se rend également à Tel Aviv, Ramallah en Cisjordanie : " je suis surpris, j’imaginais Ramallah comme une ville morte, étouffée par le conflit".
Nous découvrons une ville faite de contradictions : l’auteur aperçoit des musulmanes sortant d’un supermarché situé dans les colonies. Il évoque avec humour les contrastes entre tradition et modernité : certains quartiers ultra - orthodoxes comme Mea Shearim semblent ramener dans le passé, ce qui n’empêche pas ses habitants de posséder des téléphones portables !
Des découvertes inattendues provoquent la surprise : un magasin de kippas Smiley ou Spiderman, un jogger qui court avec un fusil dans le dos ! L’auteur vit des situations amusantes, ainsi lors de la fête de Kippour dans les quartiers ultra orthodoxes : « ... On se retrouve dans un monde inversé… Des enfants qui boivent de l’alcool…encore plus inhabituel certains viennent me parler ». Mais c’est un monde où la violence est sous-jacente : « je croise Cécile qui revient de sous les bombes…La terre qui tremble, les explosions à l’horizon ».

Cette immersion dans la Jérusalem de 2008 est accompagnée de commentaires et explications historiques (images de couleur rose). Lorsque Delisle visite l’Esplanade des mosquées, il nous explique les différentes constructions qui s’y sont succédées. Toujours dans cet esprit de clarté, il énumère les six communautés religieuses qui partagent la gestion du Saint Sépulcre : « Ethiopien orthodoxe, Arménien orthodoxe, catholique romain, Grec orthodoxe, copte orthodoxe et syriaque orthodoxe. »

Cet album permet de comprendre bien des choses sur la question israélo- palestinienne, sa simplicité et sa clarté en font un ouvrage destiné à tous et particulièrement aux non- spécialistes. C’est pourquoi l’enseignant en quête d’une approche claire de la question pourra utiliser quelques planches avec ses élèves.

Pour aller plus loin :

L’Histoire , 2012/7 (N° 378), "Jérusalem, l’invention d’une ville sainte"

Voir en ligne : Interview de Guy Delisle à l’occasion de la remise de prix du festival d’Angoulême

Partager

Imprimer cette page (impression du contenu de la page)