Restitution du projet « Traces… », par les élèves de Première ES du Lycée Galilée, de Gennevilliers

, par Lucie Vouzelaud

À l’automne dernier, nous vous avions présenté le projet « Traces » mené au lycée Galilée de Gennevilliers avec les élèves des deux classes de Première ES.

Le 18 mai 2017, les élèves ont invité leurs parents et proches à découvrir le résultat de leur travail.
Ils se sont démenés toute la journée pour installer l’exposition retraçant le parcours du projet, et, pour la quinzaine d’élèves volontaires, répéter encore une fois la restitution du projet en amphithéâtre pour être fin prêts devant une centaine de personnes. L’ambiance était à l’autonomie et à l’initiative, reflétant assez bien la cohésion du groupe que le projet a suscité et l’épanouissement que certains y ont trouvé dans un cadre moins formel. Nos lycéens autonomes faisaient plaisir à voir, aux portes de la dernière année de leur scolarité secondaire.

Car ce projet a été une vraie réussite. Dans notre lycée où les réflexions antisémites et complotistes vont bon train, les élèves ont été mobilisés par un projet portant sur le génocide. Eux-mêmes ont exprimé que leur regard avait changé.

Je crois que le parcours que nous leur avons proposé a permis de répondre à beaucoup de questions qu’ils se posaient et les a amenés à mieux comprendre une histoire qui est souvent tenue à distance car trop difficile émotionnellement à appréhender. L’on entend souvent qu’ils en entendent trop parler, qu’ils savent déjà tout ; ils ont au contraire réalisé qu’il y avait beaucoup à apprendre et ils sont assurément mieux armés contre les discours antisémites.

Notre parti pris artistique sur les traces de parcours individuels a bien fonctionné. Ils ont appréhendé l’histoire par le prisme de la création, comprenant par ce biais entre autres les poupées de Michel Nedjar, les photographies de Matt Mendelsohn, le texte de Georges Didi-Hubermann, les traumatismes que la Shoah a laissés chez les survivants et leurs descendants, et mesurant à cette aune l’ampleur de la rupture anthropologique qu’elle a représentée pour le monde. Ils ont interrogé l’histoire, la littérature et même la philosophie pour essayer de répondre aux questions qui ont inévitablement émergé de cette découverte, en particulier au moment des visites d’Auschwitz et de Birkenau, qui ont d’ailleurs donné lieu à une série de dessins très forts.

De fait le voyage en Pologne, rendu possible par l’obtention de subventions conséquentes, a été un moment fort de l’année, auquel les élèves étaient bien préparés par les nombreuses sorties que l’on avait faites (MAHJ, Mémorial, Drancy, gare de Bobigny) et la rencontre de trois témoins, Frania Haverland, Robert Wajcman et Daniel Urbejtel.

Les élèves ont été mis eux aussi dans une démarche créative ; ils ont d’abord rédigé des comptes-rendus des sorties, puis ils ont mis en forme l’histoire du projet dans un magazine de 76 pages que nous avons proposé au jury du CNRD et ont réalisé des poupées et des dessins à la manière de Michel Nedjar. À plusieurs reprises et en particulier lors de la journée de montage de l’exposition, ils sont allés plus loin que ce que l’on imaginait.

Enfin, ils ont eu la possibilité de s’exposer à l’oral devant un amphithéâtre d’une centaine de personnes et ceux qui se sont pliés à l’exercice étaient très fiers de l’avoir fait. Tous étaient d’ailleurs très fiers de tout ce qu’ils avaient fait et ont trouvé que c’était "beau" et que cela leur avait « fait prendre conscience qu’ils étaient très satisfaits de leurs vies ». Rien ne pouvait mieux récompenser notre travail à l’issue de ce projet qui s’est nourri des idées de chacun et est ainsi allé au-delà de ce que l’on imaginait au départ. La réussite tient à l’engagement d’une grande partie de l’équipe enseignante des deux classes, Julien Téchoueyres en Lettres, Nayra Garcia-Suarez et Virginia Batista en espagnol, Etienne Lapalus en allemand, Sabrina Zerrouk en anglais, à la participation du professeur-documentaliste Hugues Delas qui a eu un rôle clé et moteur dans le projet ; enfin à l’aide apportée par la professeure d’arts appliqués Hombeline Brault. Les élèves ainsi portés dans plusieurs disciplines se sont emparés du projet. Ils ont été fiers de recevoir leur prix départemental du CNRD, le 27 juin dernier, dans les salons de la préfecture de Nanterre.

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