Commémorer la traite, l’esclavage et leurs abolitions avec les AD des Yvelines

, par Isabelle Attard, Jean-Christophe Blanchard

Les Archives départementales des Yvelines s’associent à la journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions du 10 mai. À cette occasion un nouveau document vient enrichir le dossier « Négoce international et esclavage à la fin du XVIIIème siècle », mobilisable notamment pour la mise en œuvre du repère « bourgeoisie marchande, négoces internationaux, traites négrières et esclavage au XVIIIe siècle » (Thème 1 du programme de quatrième : Le XVIIIe siècle. Expansions, Lumières et révolutions).

Vente de deux esclaves par Ruste de Rezeville Frères au comte de Kersaint le 7 août 1782, Cote E1429

À la fin du 18ème siècle Armand Guy Simon de Coëtnempren, comte de Kersaint, charge Joseph Diant d’acheter deux esclaves pour la maison qu’il vient d’acquérir aux Antilles sur l’île de Sainte Lucie. Ce dernier fait alors appel aux services de Rezeville Frères afin de satisfaire cette demande. Les Archives conservent la facture de cette vente qui est une bonne entrée en matière pour aborder la question de la traite négrière au 18ème siècle.
Le document daté de 1782 a été rédigé à la Martinique au Fort Royal, l’actuel Fort-de-France. Il permet donc de contextualiser et localiser avec les élèves un des espaces majeurs du commerce triangulaire.
Les esclaves ont traversé l’Atlantique à bord d’un navire négrier danois, le Baron de Schimmelmann. Celui-ci porte le nom d’une famille de grands propriétaires terriens aux Indes Occidentales danoises, aujourd’hui les Iles Vierges des États-Unis. Les Schimmelmann « possédaient un réseau d’affaire d’ampleur mondial, et avaient la main sur l’industrie sucrière à tous les stades de la production, puisqu’ils pratiquaient le commerce triangulaire entre la Côte-de-l’Or en Afrique, les Caraïbes et le Danemark » (Gísli Pálsson, L’homme qui vola sa liberté : Odyssée d’un esclave, Gaia, 2018).
Les Ruste de Rezeville, négociants installés à la Martinique, sont une famille de notables. Les Archives nationales d’outre-mer conservent les traces de l’activité de l’un d’entre eux en tant que commissaire du commerce pour les intérêts de la métropole dans les années 1780 (ANOM, COL E 360, Personnel colonial ancien, Ruste de Rezéville, commissaire du commerce pour les intérêts de la métropole, à la Martinique et Baudelle sa femme (1787/1789).

Le document permet donc également d’évoquer avec les élèves les liens commerciaux entre Européens au-delà des rivalités coloniales.
Surtout, cette facture met en lumière la déshumanisation de l’esclave, marchandise dont on négocie le prix ainsi que les modalités de paiement.

Retrouvez ce document et sa transcription sur : https://educarchives.yvelines.fr/article.php?larub=457&titre=negoce-international-et-esclavage-a-la-fin-du-18eme-siecle

L’étude de ce document pourra être complétée avec le relevé des marchandises importées en France depuis la Martinique en 1787 ainsi que par le recensement de la population de l’ile qui distingue les blancs, les gens de couleurs et les esclaves.

Voir en ligne : Eduscol : Journée des mémoires, 10 mai

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