Baudolino, Umberto Eco - Grasset - 2002.

, par Didier Masfrand

UMBERTO ECO : "BAUDOLINO" - Grasset - 2002.
Conseillé à un public adulte et/ou adolescent "bon lecteur".

556 pages pour une vie : celle de Baudolino, cet adolescent piémontais, adopté par l’Empereur germanique, Frédéric Barberousse et qui parcourra sous nos yeux, l’Europe du nord au sud, d’est en ouest avant de gagner l’Asie et l’Afrique...
Le moteur de l’histoire : un affabulateur qui court après son rêve, le royaume du Prêtre Jean. Sur cette trame ténue, Eco avec son érudition coutumière nous campe un 12ème siècle très proche de nous.
Le récit commence par le pillage de Constantinople par les croisés en 1204 ; C’est dans une ville en flamme que Baudiolino se souviendra pour le lecteur, de ses faits et gestes...La querelle entre le sacerdoce et l’Empire s’éclaire, car nous la vivons " sur le terrain ", de même que la montée en richesse et en puissance des nouveaux pouvoirs urbains ; Nous comprenons, y étant impliqués, les enjeux que déviennent les toutes jeunes universités... L’historien y retrouve son Moyen âge avec grand plaisir d’autant qu’a la différence de ses derniers romans, Eco garde ici un style alerte, simple, accessible, souvent cocasse à l’image de son héros.
Eco facétieux comme dans ce premier chapitre ou il invente un sabir local qui rappellera à certains des copies corrigées "... moi Baudolino... avec une teste ki semble d’un leon, alleluya graces soyent rendues al seignor ki me pardonne..."... Le ton est donné et l’auteur s’amuse et nous avec lui, à camper Baudolino et ses amis qui goûtent du miel vert ( le haschisch ) ramené du Proche Orient par Abdul... Nous apprenons comment on peut sauver une ville assiégée grâce à une vache maigrelette....
Les 150 dernières pages sont pour Eco/Baudolino l’occasion d’un délire inventif nous présentant un
" devisement du monde" avec 1 siècle d’avance. Tous les monstres qui ont hantés notre imaginaire d’adolescent après avoirété vus sur une illustration du livre d’histoire de quatrième... tous nous accompagnent ici : Sciapodes, Blemmyes, Panoties... Suivent des chapitres qui peuvent paraître un peu longs, d’autant que l’auteur qui s’était retenu jusque là, y va allègrement des querelles théologiques qui divisaient les sociétés chrétiennes et le monde byzantin en particulier... c’est quelquefois complexe...
Par contre les amateurs de Tolkien savoureront de se trouver dans une ambiance proche de celle du
"Seigneur des anneaux" ou Frodon attend les forces des ténèbres comme Baudolino ici les "Huns blancs"... Zosime, moine débauché et voleur, est sans conteste, lui aussi, très proche du Raspoutine d’Hugo Pratt... On le voit, Eco a su allier ici la veine de la culture la plus érudite et précise à celle du divertissement et de l’imaginaire...
Allez vite vous plonger dans cette fiction, qui vous fera penser bien souvent " quel livre d’histoire pour mes élèves !".

Bonne lecture. Didier Masfrand (06/02 )

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