Comment dire la République dans la France républicaine ?

Mis à jour le samedi 20 décembre 2025 , par L’équipe des IA-IPR d’histoire-géographie

Le 1er octobre 2025, le Centre d’Histoire de Sciences Po Paris accueillait un séminaire intitulé : « Comment dire la République dans la France républicaine ? ».

Pendant deux heures, l’historien Olivier Loubes, professeur en classe préparatoire, spécialiste de Jean Zay et de l’histoire de l’enseignement, a échangé avec le philosophe Michel Delattre, professeur de philosophie à l’IEP de Saint-Germain-en-Laye et auteur de plusieurs publications sur les valeurs républicaines. Lors de cet échange dense et convivial, les deux invités ont partagé avec le public leurs réflexions didactiques et leurs propositions pour enseigner la République.

Les professeurs trouveront ici une rapide synthèse du séminaire du 1er octobre 2025 ainsi qu’un ensemble de ressources et de propositions pédagogiques inspirées des réflexions d’Olivier Loubes et Michel Delattre.

 

1. Dire la République dans la France républicaine : réflexions didactiques

Pour Olivier Loubes, « enseigner la République, c’est d’abord enseigner la France républicaine ». Il s’agit de montrer comment s’est construit, en France, un récit national républicain. Il faut pour cela échapper au piège de l’essentialisation : la République doit être appréhendée comme une dynamique, une construction, et non comme un objet figé. La République est un combat. « Elle se fonde au fur et à mesure des obstacles qu’elle surmonte et à partir desquels elle se définit ». Les crises et soubresauts de l’histoire républicaine en France permettent d’aider les élèves à mieux appréhender les débats actuels autour du fonctionnement et de la pratique institutionnels.

Dès lors, l’étude du projet républicain ne saurait être réduit à la seule Troisième République, bien que ce régime occupe une place importante dans les programmes d’histoire de collège et de lycée. Olivier Loubes insiste sur le rôle capital de la Première et de la Deuxième République dans la construction du récit national républicain. Il invite à « sortir du fantasme réactionnaire qui idéalise la 3ème République ». La Première République est un moment fondateur : dès 1792, l’égalité des droits est au cœur du projet républicain « le récit historique de la France républicain est celui de l’égalité en droits ». La première promesse républicaine est en effet celle du suffrage universel : pour Olivier Loubes, faire l’histoire du suffrage permet de comprendre comment la construction républicaine de la France s’est articulée à l’extension progressive du droit de vote. Faire l’histoire de l’abolition de l’esclavage est aussi une façon d’enseigner la République : c’est en effet la République qui a, par deux fois, en 1794 et en 1848, aboli l’esclavage.

Selon Olivier Loubes, la Troisième République doit être abordée comme une « République de combat » face à des adversaires qui voulaient l’annihiler. Dans l’entre-deux-guerres, l’expérience du Front Populaire marque un tournant : le projet du Front Populaire est en effet sous-tendu par l’idée qu’on ne peut pas faire barrage au fascisme sans justice sociale. Pour le gouvernement de Léon Blum, seule une République sociale peut incarner un modèle désirable face aux totalitarismes. Cette ambition s’illustre pleinement dans les combats du ministre de l’Éducation nationale du Front Populaire, Jean Zay.

Pour enseigner la Cinquième République, Olivier Loubes suggère de faire une « histoire des dissolutions » : les dissolutions constituent en effet un objet de travail riche pour les enseignants qui étudient la Cinquième République avec leurs élèves. Faire l’histoire des dissolutions permet d’aborder les institutions, les crises et les évolutions de la Cinquième République. Cela permet aussi de replacer la « dissolution surprise » de juin 2024 dans une réflexion historique plus large.

Michel Delattre invite les professeurs à enseigner la République en « sortant des évidences » : l’idée républicaine ne va pas de soi. Il ne suffit pas de vivre en République pour savoir ce qu’est la République. Selon Michel Delattre, « faire comprendre aux élèves que la République mérite d’être défendue, c’est susciter l’envie de s’engager pour la défendre ». Ce n’est pas parce que je vis en République que je suis un républicain : il s’agit d’enseigner que la République est un engagement. Dans ses Propos, Alain écrit : « La vraie République est un parti pris et une règle posée, à laquelle on pliera l’expérience. Et si la République est faible, injuste et corrompue dans le fait, c’est le moment de tenir bon pour l’Idée ». Pour Michel Delattre, enseigner le lien entre école et République permet de montrer aux élèves que l’école gratuite et obligatoire est le résultat d’un combat et qu’elle constitue un acquis précieux. Dans sa conférence « De l’égalité d’éducation » prononcée dans la salle Molière à Paris en 1870, Jules Ferry plaidait déjà pour un enseignement universel et pour une école publique et gratuite. La laïcité constitue également, selon M. Delattre, une entrée pertinente pour enseigner la République, à condition de montrer que la laïcité protège.

 

2. Enseigner la Constitution pour dire la République : quelques ressources

Enseigner la Constitution permet d’approfondir la culture juridique et institutionnelle des élèves tout en les faisant réfléchir sur les valeurs et principes qui sont au fondement du projet républicain. Les programmes d’histoire de Troisième et de Terminale, qui abordent la Cinquième République, permettent d’étudier des extraits de la Constitution du 4 octobre 1958. Par ailleurs, dans les programmes d’EMC, de nombreuses entrées invitent les professeurs à faire travailler leurs élèves sur la Constitution : valeurs républicaines inscrites dans le bloc de constitutionnalité, État de droit, souveraineté du peuple, étude du rôle du Conseil Constitutionnel à travers des exemples de QPC (questions prioritaires de constitutionnalité). Pour que cette étude ne reste pas « désincarnée », il est important qu’elle s’appuie aussi sur des situations concrètes puisées dans l’histoire récente, l’actualité ou le quotidien des élèves.

De nombreuses ressources sont à la disposition des enseignants qui souhaitent travailler sur la Constitution.

Ressources Lien d’accès
Le site du Conseil Constitutionnel comporte, outre le texte constitutionnel lui-même, des ressources pour étudier l’histoire constitutionnelle de la France ou les missions du Conseil Site du Conseil Constitutionnel
Le site Légifrance offre la possibilité de comparer les différentes versions successives d’un même article de la Constitution Site de Légifrance
Le site Éduscol propose aux enseignants plusieurs ressources pour travailler sur la Constitution avec les élèves Site Éduscol
Le réseau Canopé propose un grand nombre de ressources sur les valeurs de la République, incluant des vidéos et articles du philosophe Michel Delattre. Les valeurs de la République par Canopé

 

Nous rappelons également que le concours « Découvrons notre Constitution », organisé chaque année par le ministère de l’Éducation nationale et le Conseil Constitutionnel, peut être l’occasion de monter un projet de classe autour de la Constitution.

Ressources Lien d’accès
Une page Éduscol dédiée précise les objectifs de ce concours et les modalités de participation La page Eduscol
La page du concours « Découvrons notre Constitution » propose des ressources et des jeux à destination des élèves de tous niveaux, de l’école élémentaire au lycée. Page du concours « Découvrons notre Constitution »

 
 

3. Dossier pédagogique : une proposition pour enseigner la République autrement

 
Les dissolutions constituent un objet de travail riche pour les enseignants qui étudient la Cinquième République avec leurs élèves au collège ou au lycée. Le dossier pédagogique « Enseigner la dissolution » comprend des ressources documentaires, une bibliographie indicative ainsi qu’une proposition de scénario pédagogique pour la classe de Troisième et de Terminale.

 

DOSSIER PÉDAGOGIQUE : Enseigner la dissolution

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