MON NOM EST TSOTSI de Gavin HOOD - 2006

, par Didier Masfrand

Un film d’Afrique du sud, c’est original et suffisamment rare pour y faire un petit détour d’1h30.

Cela commence comme du déjà vu : banlieue sordide, petits voyous, scènes de violences quotidiennes... C’est le même exotisme que dans la cité de Dieu, à la mode africaine... Mais tout change à partir d’un vol de voiture. Le film raconte en fait le chemin initiatique d’un chef de gang, Tsotsie, ancien gosse des rues, qui ne connaît que la violence comme moyen d’expression. Il suffira de 3 rencontres ( un peu comme le Bouddha Gautama...) : un bébé, un infirme, une jeune mère, pour qu’il trouve le chemin de sa rédemption. Le film est bien pensant, il nous rend le héros sympathique, ne serait-ce que dans les nombreux flash back explicatifs de la déchéance de David ( le vrai prénom de Tsotsi ) La musique y contribue sans trop de nuance : rap agressif quand on prépare un coup, chœurs angéliques quand Tsotsi se laisse gagner à la compassion. On sera sensible à quelques effets d’éclairage, qui donnent des tons bistres de papier vieilli ou encore au jeu de clair-obscure des scènes d’intérieur. L’ensemble est bien servi par l’interprétation du jeune Presley Chweneyagae.

Quelques pistes géographiques maintenant. Elles sont ténues, mais on peut en indiquer 2 principales. Les images de l’activité nocturne de la gare de Johannesburg, mais surtout les vues sur les immeubles flambant neuf du CBD de la métropole, nous rappellent l’émergence de ce géant d’Afrique. L’urbanisme est présent aussi avec ses contrastes : la fin de l’apartheid laisse subsister les ghettos, comme celui de Soweto et son million d’habitants. Par opposition les banlieues résidentielles de la bourgeoisie noire semblent protégées par des rideaux de lumière et des alarmes électroniques. Quant aux banlieues blanches on ne les voit pas dans le film... le seul blanc de cette histoire est un personnage secondaire, l’inspecteur de police en chef. On peut extrapoler sur les aspects sociaux de la mondialisation, qui exacerbe les inégalités au sein même des Sud... mais ce serait peut-être aller trop loin, le film demande à être regardé par ce qu’il nous conte au premier degré et c’est déjà suffisant pour le recommander à nos élèves, en V.O. si possible.

Bon cinéma.

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