Lecture ; le procès de Nuremberg d’A.Wieviorka

, par Olivier Golliard

WIEVIORKA Annette, Le procès de Nuremberg, Paris, Edit L.Levi, 2006, 313p.

L’historienne propose une analyse rigoureuse du déroulement du procès dont l’idée remonte aux années 1942-43. Le livre, utilisant parfois une approche microsociale, nous plonge aussi dans l’intimité des inculpés, suivis par un psychologue tout au long des 402 audiences.
En évoquant la préparation du procès qui suscita des frictions entre soviétiques et américains (Nuremberg fut choisi pour des raisons matérielles), A.Wieviorka souligne que la liste des inculpés est montée « sans réelle réflexion sur la nature de l’Etat nazi » (...) leur présence tenant davantage au « hasard de leur capture ».
La Wehrmacht y est surreprésentée tandis que les rouages civils et policiers y sont presque absents.
L’historienne soulève avec adresse la question de la présence des soviétiques dans l’accusation à travers l’étude des dépositions sur le massacre de Katyn et indique que le génocide ne fut pas « réellement perçu » au procès. En effet, les preuves, écrites et allemandes, ne s’inscrivent pas encore dans « l’ère du témoin » malgré quelques dépositions de victimes résistantes. La transcription des propos froids de R.Höss n’a semble-t-il pas retenu l’attention première des juges. Les « crimes contre la paix » et les « crimes de guerre » sont alors centraux. Le génocide n’est présenté qu’en janvier 1946 après l’évocation des Einsatzgruppen tandis que Ohlendorf et Eichman (détenu par les Américains sous une fausse identité) sont absents du procès : A.Wieviorka note en conclusion que « le procès (...) ne permet pas de prendre la mesure de l’ampleur du génocide ni de son absolue spécificité ».
Avec une grande neutralité, elle soulève aussi la question de la légitimité du procès, de l’ambiguité de certaines accusations (à l’encontre de Dönitz par exemple) et montre précisément la réaction des inculpés à l’annonce du verdict, lui aussi mis à la question pour la surprise qu’il fit auprès de Schacht et Fritsche notamment.
Dans une dernière partie, les suites de Nuremberg (imprescriptibilité, affaires Touvier, Papon, Barbie) sont mises en perspective avec l’établissement d’une justice pénale internationale.
L’ouvrage, indispensable pour qui veut actualiser ses connaissances, et traiter notamment du procès dans le cadre du sujet d’étude du programme de première STG ou des Mémoires de la guerre en terminales ES, L a le seul défaut de ne pas présenter davantage de documents en annexes, mais certaines dépositions retranscrites peuvent très bien pallier ce manque.
Enfin, l’outil peut être complété par des extraits du documentaire de Christian Delage intitulé
« Nuremberg. Les nazis face à leurs crimes ».

voir aussi sur ce site l’analyse du documentaire de J-Ch Deniau sur Nuremberg

voir et écouter sur le site de France culture, 25 émissions au format mp3, consacrées au procès.

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