Jean-François PAROT, Le Sang des farines, Paris, Jean-Claude Lattès, 2005, rééd. 10/18, collection « Grands détectives », 2006, 424 p., roman policier à caractère historique.

, par Didier Masfrand

Sixième volet des aventures de Nicolas Le Floch, commissaire au châtelet pour les affaires extraordinaires, ce nouvel épisode décrit, sur fond de conspiration internationale, comment les boulangers parisiens organisent la hausse des prix du pain à travers un trafic de farine. L’intrigue se noue avec l’assassinat d’un boulanger et se poursuit entre Versailles et Paris sur l’année 1775.

On retrouve dans cet opus tous les éléments qui ont fait le succès des cinq premiers. La plume de l’auteur est toujours aussi vive à brosser les tableaux, mène l’intrigue avec vivacité dans un français toujours rigoureux, au vocabulaire diversifié qui n’est jamais ennuyeux. Derrière l’identité de chaque personnage, on retrouve une distribution des rôles très précise qui fait intervenir grands serviteurs de l’État totalement dévoués à la couronne, ou plus exactement à la personne du souverain, le serviteur fidèle mais dont la rancœur à l’écart des grands et de la cour préfigure les revendications d’une petite bourgeoisie, ou encore les philosophes bons-vivants, qui, par leurs voyages au long cours, leurs talents artistiques et leur science du droit ou des plantes témoignent de la société curieuse et raffinée des Lumières.

L’intrigue sert une évocation méticuleuse du Paris de 1775. On y retrouve l’ambiance de grand châtelet, du quartier de la boucherie, ainsi qu’une approche sans complaisance du monde de la cour, récurrentes sur l’ensemble des épisodes. L’évocation de la corporation des boulangers évoque méthodiquement la place des maîtres, celle des apprentis, le contenu des contrats qui lient les uns aux autres, ainsi que le puissant réseau de pouvoir que représentent ces confréries professionnelles dans la société d’ancien régime. C’est un exemple qui peut préparer une meilleure compréhension de la loi Le Chapelier qui abolit les corporations sous la Révolution.

Ce roman policier historique paraît propre à étayer une culture historique dans un cadre divertissant. Ici plus que dans de nombreux romans historiques, la description minutieuse de certains lieux, ainsi que les nombreuses recettes de cuisines rapportées dans l’ouvrage permettent de distinguer aisément ce qui relève de l’information historique, voire archéologique, de ce qui est du domaine de la fiction. Cette facilité est particulièrement intéressante pour la formation de l’esprit critique. Il pourrait s’insérer dans une approche des différents support qui utilisent l’histoire ou prétendent la raconter, la peinture d’histoire ou le cinéma, pour une approche critique qui sépare fiction et réalité historique.

Il peut donc être recommandé prioritairement aux élèves de seconde pour leur donner le goût de la lecture en lien avec les programmes d’histoire. Le volume de l’ouvrage ne semble pas être un obstacle depuis que nombre de lycéens lisent Harry Potter. La proposition de cette lecture doit s’accompagner de deux réserves. Il me semble prudent de les prévenir des scènes de crime et d’autopsie qui ne sont guère ragoûtantes. Ensuite, la place réservée à la débauche, qui est une réalité de la société du XVIIIe siècle, mérite aussi une explication. Elle peut s’appuyer sur les scènes de jeu tournées par Sofia Coppola dans son film Marie-Antoinette. Rappelons cependant que l’ouvrage ne comporte pas de scènes obscènes, et s’attache prioritairement à des valeurs d’amitié et de tolérance.

Magalie Quintard-Lenoir

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