"Still Life" de Jia Zhang Ke

, par Richard Basnier

Chine. Ville de Fengje en amont du barrage des Trois Gorges. San Ming fait le voyage dans la région pour retrouver son ex-femme et sa fille qu’il n’a pas vu depuis seize ans. Aujourd’hui, l’immeuble, la rue, le quartier où elles ont vécu ne sont plus qu’une tâche verte engloutie sous les eaux du barrage des Trois Gorges.
Dans la même ville, une femme, Shen Hong, cherche son mari disparu depuis deux ans.
Là où la construction du gigantesque barrage des Trois Gorges a pour conséquence la destruction de villages entiers et les déplacements de population, deux quêtes amoureuses s’enlacent, deux histoires qui se construisent et se déconstruisent.

Couronné d’un lion d’or au dernier festival du film de Venise, "Still Life", de Jia Zhang-ke, raconte deux quêtes qui s’entrecroisent. Véritable poème, le film est ponctué de mots, à la fois banal et énigmatique, inscrits à l’écran (vin, thé, bonbon) qui tels de petits cailloux dans nos poches nous renvoient au réel. Mais plus que ces deux histoires, Jia Zhang-ke nous parle de la vie qui résiste malgré les destructions réelles ou symboliques.

"Still Life" est aussi une histoire de la Chine actuelle qui apparaît sous nos yeux : un pays d’une autre époque disparaît sous les eaux pour laisser place à une Chine nouvelle sortant de terre. Point de pathos, mais une douce mélancolie (comme un adieu serein) qui permet d’accueillir l’avenir.

Ode à la vie réaliste, poétique, mélancolique, voire surréaliste, ce film est à admirer pour soi mais aussi avec des élèves pour qui la vision de la Chine est trop souvent caricaturale.

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