LES MÉCANIQUES DU CHAOS - Pierre CONESA -Éditions de l’Aube - 2007 -

, par Didier Masfrand

« Cet essai tente donc de démontrer que les trois termes - unilatéralisme tel que le pratique le président Bush, terrorisme et prolifération - sont liés dialectiquement pour créer une mécanique de l’insécurité internationale… ». Voici exposé le projet de P. Conesa et en 150 pages il rend compte précisément et simplement de ce qu’il qualifie encore de : « triptyque de l’insécurité ».

Tous les termes et concepts étudiés sont définis, précisés : « le terrorisme : une forme de violence et/ou une invective - la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive : un concept ambigu et flou - l‘unilatéralisme : une situation historique nouvelle poussée à son paroxysme par le président Bush » Le propos s’appuie toujours sur les contributions les plus récentes de la recherche internationale en replaçant chaque thème en perspective, depuis 1991, bien sur, mais aussi dans les rapports ou ruptures qui peuvent exister avec la période de la guerre froide.
On relira avec profit les pages sur la stratégie nucléaire et son avatar contemporain, la prolifération : « de même, la prolifération des armes de destruction massive est un processus ancien… L’accusation de prolifération est un concept ambigu, qui mélange soupçon et réalité… » Dans ce domaine comme dans d’autres, les États-Unis sont souvent mis en face de leurs contradictions. C’est sans doute une prérogative de la puissance : « Trois comportements caractérisent l’unilatéralisme : le refus de l’existence d’un rival, le retrait des règles internationales de sécurité et le recours à la contrainte, qu’elle soit violence ou menace directe » : Des États voyous, au refus de Kyoto et du TPI, de Guantanamo au passeport biométrique, les Etats-Unis agissent d’abord pour eux-même. On lira aussi avec intérêt le passage sur les nuances entre guerre préventive et guerre préemptive.
Il est difficile de résumer ici tous les aspects de ce livre. P. Conesa aborde de nombreuses et riches réflexions tant sur le « messianisme sécularisé » des États-Unis que sur celui « religieux des islamistes ». On comprendra mieux en quoi les guerres asymétriques génèrent des réponses « égalisatrices de puissance » et favorisent, terrorisme et prolifération d’armes de destruction massive. Globalisation, « soft power » sont mis à contribution pour notre approche du nouvel ordre. Un chapitre aborde « la stratégie de la tension » et « le marché de l’angoisse ». Un autre nous permet d’évaluer le coût d’un attentat terroriste ( 100.000$ pour le 11 septembre2001) comparativement à une journée de présence militaire en Irak ( 380.000$ par minute)…
En conclusion l’auteur invite à une mutation de la pensée stratégique occidentale : « l’homme doit redevenir le centre des nouveaux concepts et des nouveaux armements ». Il constate cependant que si : « les lueurs d’espoir sont rares dans ce tableau pessimiste. On peut espérer plus de la démocratie américaine que de Ben Laden… ».
A discuter... la lecture de ce petit essai argumenté et clair doit en tout cas nous aider à mieux former notre opinion.

Un ouvrage utile, voir nécessaire pour mieux fixer les cadres du programme de classe terminale : « A la recherche d’un nouvel ordre mondial ». C’est surtout pour les années qui suivent 1991, que l’apport sera important : rôle des États-Unis, rôle de l’ONU, Islamisme, paix impossible ?…
Une synthèse qui va à l’essentiel, simplement, avec en illustration quelques faits ou événements marquants que nous devons pouvoir nous réapproprier pour préciser mieux cette partie du programme pour laquelle nous manquons peut-être encore de recul.
Bon profit à tous.

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