BASSE Pierre Louis, Guy Môquet, une enfance fusillée, Paris, Stock, 2000 (réédité en 2007).

, par Solange Pierrat

Guy Moquet est le seul otage de Chateaubriant a avoir été cité à l’orde de la nation. La commémoration du 22 octobre pour lui rendre hommage risque d’oblitérer auprés de nos élèvesle fait que Guy Môquet fut un adolescent comme eux, épris de football, regardant les filles, défiant la police avec sa bicyclette. Ce sont toutes ces facettes que nous dévoile ce livre, que l’on peut conseiller aux élèves de terminales. Il peut aussi nous faire méditer sur le souvenir, sa transmission, son but et ses répercussions sur ceux qui le reçoive.

Curieux livre que cet ouvrage du journaliste et écrivain Pierre Louis Basse. Ce n’est ni un roman, ni un livre d’historien, ni une biographie. Il n’y a pas de découpage rationnel en chapitres et sous chapitres, le livre est écrit d’une seule traite. Le livre, ou les livres ? Car il m’a semblé à sa lecture, qu’il y avait trois livres dans un seul.
Le premier livre nous parle de Guy Môquet, de sa jeunesse dans les rues du Paris ouvrier et sur les bancs du lycée Carnot où il côtoie les enfants de la bourgeoisie, de son engagement progressif chez les pionniers et les jeunesses communistes. Une jeunesse qui bascule avec l’arrestation de son père, cheminot communiste devenu député et l’obsession pour son fils de le remplacer. La vie du lycée s’éloigne et une autre vie commence, faite de distributions de tracts dans les marchés, les cinémas et les bistrots. Et d’écriture aussi. Guy adore écrire : des lettres à son père, un poème à Edouard Herriot à qui il veut dépeindre la « cruelle misère, celle d’un enfant privé d’un père », des poèmes pour ses copains arrêtés, et dont il espère tirer quelque argent.
C’est avec ses poèmes en poche qu’il est arrêté à la gare de l’Est, le 13 octobre 1940. « Parmi ceux qui sont en prison/se trouvent nos trois camarades/…mais patience vous serez bientôt libérés/par tous vos frères d’esclavage/…… » ; Il écrit aussi une centaine de lettres à sa mère, de prison, du camp, dans lesquelles il raconte l’ordinaire de cette vie internée, ses peines, ses amours (de jeunes filles communistes arrivent au camps en 1941), des conseils pour son petit frère, ses exploits sportifs….Il faut bien occuper son temps, lorsque l’on a 17 ans et des grillages autour de vous pour vous barrer la route. On suit Guy au plus prés. Journaliste, Pierre Louis Basse va à la rencontre de ceux qui l’ont côtoyé, accompagné jusqu’à la sablière et partagé ses derniers instants. Il nous emmène à la recherche des derniers témoins, qui vivent toujours dans les anciennes banlieues rouges de la capitale. Il imagine les derniers moments, l’attente dans le camion (les condamnés sont exécutés en trois vagues : quinze heure cinquante, seize heure, seize heure dix). Guy Môquet est l’avant dernier à mourir. Avant de monter dans le camion, il dit au prêtre venu à la rencontre des otages : « Je laisserai mon souvenir à l’histoire, car je suis le plus jeune des condamnés. »
Le deuxième livre, emboîté dans le premier nous compte une autre histoire, celle de la famille de Pierre Louis Basse, une famille dont la vie est mêlée à jamais à celle de Guy Môquet et à l’histoire de la France occupée. Son grand Père, Pierre Gaudin, résistant, est arrêté et interné à Chateaubriand à partir du premier mai 1941. Il rencontre Guy Môquet et le jour fatidique, se propose à sa place. Il s’évade du camp le 23 novembre, mais sera repris, déporté et interné à Mauthausen. Sa fille, Esther, la mère de l’auteur, a 16 ans. Quelques jours après l’exécution, « bolchevik en botte de caoutchouc, balluchon sur l’épaule » elle se rend au camp de Châteaubriant et récupère les derniers messages que les condamnés ont gravés sur les planches de la baraque 6. (Voir ces derniers messages en annexe)
Après leur départ du camp en camion, ces planches ont été découpées et cachées. Guy Môquet a écrit sur l’une d’entre elle « Vous qui restez, soyez digne de nous, les 27 qui allons mourir. » Plus tard, la mère de l’auteur lui dira « Ces hommes étaient morts, ils avaient tout donné. Il fallait disait-elle que le monde et la jeunesse sachent ce qu’avait été leur combat, leurs amours, et pourquoi ils étaient morts. » Et le drame de la carrière baigne toute la jeunesse de Pierre Louis Basse. Et c’est le sujet du troisième livre.
Il est difficile à l’auteur, enfant, d’échapper à ce souvenir. Ses grands parents – son grand père est revenu vivant de déportation- habitent toujours à Nantes. De façon immuable, le dernier jour des grandes vacances est consacré à leur visite, puis au pèlerinage à la sablière « .La première chose qu’elle – la mère de l’auteur- me proposait, enfant, en descendant dans la carrière : lis la lettre, lis la lettre…cette lettre me faisait peur »Il s’agit de la dernière lettre de Guy Môquet à sa propre mère Mais l’enfant obéissant la lit »…Ce que je souhaite de tout mon cœur, écrit Guy Môquet, c’est que ma mort serve à quelque chose… ». Mais que peut il en faire lui, de cette Histoire ? Comment se montrer digne des 27 ? Quel chemin suivre en France, enfant des années soixante et étudiant des années 70- 80 ? « Nous n’avions plus rien à défendre de bien sérieux…il faut dire que la barre était placée si haut ».
Alors, l’auteur se tourne vers ses études, sa carrière. Les années tournent et disparaissent sa mère, son grand père, tous les témoins. Et avec eux, le silence semble être retombé « comme un plomb scellé à jamais sur le lycéen de Carnot ». Alors, à son tour, Pierre Louis Basse poursuit la tâche familiale et prend la parole pour nous raconter à sa façon la vie de Guy Môquet, et nous rappeler qu’ « il avait mouillé la chemise, Guy pour que nous puissions l’ouvrir, notre gueule ».

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