La guerre contre le terrorisme – Dérives sécuritaires et dilemme démocratique.

, par Didier Masfrand

Un ouvrage de Colombe CAMUS Collection « Échéances » - Éditions Le Félin.
La double problématique qui sert de titre, répond aux exigences d’ une collection qui ambitionne de faire le point sur des sujets d’actualité. L’ouvrage est concis et clair. Le sujet est lancé par l’avant-propos de G. Sevrin, présidente d’Amnesty international France : « Cette évolution n’est pas un simple glissement sémantique ou un abus de langage mais plutôt un cheval de Troie : en effet, elle permet de passer d’une légitime recherche de justice à une posture de vengeance, qui sort de tout cadre juridique légal. ». P. Boniface, directeur de l’IRIS, nous précise ainsi en préface : « L’immense intérêt du travail de C. Camus est d’avoir remis la place du droit international au coeur du débat stratégique... »

L’introduction présente une réflexion utile sur le concept de terrorisme avec un bref rappel historique et conclut sur un terme qui : « demeure éminemment polémique, passionnel et polysémique »... Il faut le concevoir : « comme une relation évolutive entre plusieurs acteurs... »
Le cadre de l’ouvrage est ensuite précisé à partir du nouveau concept géopolitique lancé par l’administration Bush, qui proclame : « la guerre contre le terrorisme ».
Suivent les 150 pages du livre ( avec les annexes ) découpées en 6 chapitres. Les titres polarisent l’attention sur le 11 septembre et ses conséquences : « l’effet 11 septembre, ou la militarisation de la lutte contre le terrorisme. - Guantanamo : théâtre emblématique d’une guerre hors norme... »
Le chapitre 4 explore le Patriot Act et ses effets sur la société des États-Unis. Il en donne clairement la genèse, avant d’étudier les clauses les plus contestées ( par exemple, la section 215 sur les pouvoirs de perquisition sans précédent accordés au FBI et à d’autres agences )
A chaque fois le texte est confronté à l’histoire du pays, à sa législation et aussi mis au regard des législations internationales. Les réactions de la société civile sont aussi exposées : vous y lirez en une dizaine de lignes l’affaire Elmaghraby et apprendrez que : « en 2003, 160 collectivités dont des grandes villes comme Philadelphia ou Cleveland, avaient déjà voté contre l’application de cette législation sur leur territoire. »
Les deux derniers chapitres, Colombe Camus les consacre à un élargissement de l’étude des moyens de lutte contre le terrorisme à l’échelle de l’Union européenne et du « modèle » français. On y découvrira un tableau intéressant des différentes lois hexagonales à partir de celle de 1986, véritable « matrice française de l’antiterrorisme ». En 7 pages vous aurez accès à une présentation globale des différents acteurs concernés ( cf. l’organigramme de la communauté du renseignement ) du Président de la république au gendarme du GIGN, que vous distinguerez du RAID et de la DRM... Sans compter les éclairages sur les plans d’intervention : Piratox – Piratome – Piranet ...

On le voit avec ces quelques remarques, l’ouvrage peut-être utile à ceux qui veulent prendre un peu de recul par rapport à l’événementiel et qui cherchent à étoffer leurs connaissances pour aborder le chapitre du cours de terminale consacré au monde de puis 89. Il y a ici des références concises, qui s’avèrent essentielles et que l’on peut réinvestir facilement à partir de ce fascicule, peut-être austère, mais efficace. Par exemple en page 33, un encadré de 10 lignes vous aidera à distinguer : « guerres préventives et préemptives ».
La dimension citoyenne reste aussi présente ( pour nous et bien sur pour nos élèves : à exploiter en histoire ou/et en ECJS ) nous laisserons C. Camus conclure sur cette préoccupation : « C’est en résistant aux sirènes sécuritaires, en refusant de se faire dicter ses opinions... qu’une société démocratique saura sauvegarder ses principes et sera dès lors susceptible de relever avec succès le « défi terroriste »... Ces principes durement acquis, doivent être défendus en toutes circonstances et plus particulièrement dans les périodes de crise. »

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