Géopolitique du sionisme – Stratégies d’Israël de Frédéric ENCEL - Éditions Armand Colin – 2007

, par Didier Masfrand

Un ouvrage ambitieux, qui s’efforce de bâtir un pont entre les projets de quelques intellectuels juifs de la fin du 19ème siècle, qui envisagent la création d’un État national et les réalités d’ Israël aujourd’hui. Ce n’est pas comme l’écrit l’auteur lui-même « ... un ouvrage sur l’histoire du conflit israélo-palestinien mais bien de géopolitique traitant du sionisme et d’Israël. ». Dans son introduction il aborde le poids des « représentations » nombreuses et conflictuelles qui s’attachent au sionisme ( à l’intérieur comme à l’extérieur de l’état d’Israël ) et précise le recul nécessaire aujourd’hui sur un tel sujet : « La géopolitique du sionisme et les stratégies d’Israël sont choses trop passionnantes pour qu’on en gâche l’analyse en y mêlant de la passion... »

Le livre s’articule autour de 15 chapitres et quelques 160 pages. La première partie présente le sionisme en tant que projet national. L’impact des pogromes russes de 1881-82 et 1903-1906 est d’abord rappelé : « De 1881 à 1914, ce sont au total 2 700 000 juifs d’Europe orientale... qui émigrent aux États-Unis (... 40 000 dans le Yishouv de Palestine ottomane) » C’est aussi la genèse du projet politique d’un État juif indépendant qui naît au début des années 90, avec chez certains la composante défensive : « de futurs leaders sionistes... tels... Vladimir Zeev Jabotinsky... appellent ouvertement à la constitution de groupes de défense juifs armés... »

Dans son chapitre 2, Encel étudie toutes les voies qui font le sionisme : « à commencer par une véritable révolution mentale et intellectuelle quant à l’identité juive collective. ». Cela mènera au 1er Congrès sioniste de 1897 à Bâle et à l’action militante de Theodor Herzl. Un projet qui ne va pas de soi et auquel s’opposent marxistes et Haredim ( ultra-orthodoxes), mais un projet qui se met en place en étant réaliste comme l’explique Encel : « Quant au camp choisi, la puissante Grande-Bretagne... (il) relèverait plutôt de l’adage selon lequel l’ennemi de mon ennemi est mon ami... » ; Ce qui motivera la formation de 3 bataillons d’infanterie juive entre 1915 et 1918... Ils seront l’ossature de la Hagana.
La deuxième partie du livre est une longue réflexion sur : « Penser la guerre ». On y lira avec intérêt les pages du chapitre « Adversaires et ennemis » consacrées à la représentation que se font les Israéliens des palestiniens, une analyse que F. Encel mène jusqu’aux accords d’Oslo. Le chapitre sur : « la hantise de la guerre civile » nous permet de mieux comprendre une certaine propension à redouter des luttes fratricides. L’auteur montre au travers 3 études de cas : L’atltalena ( nom d’un navire) en 1948, l’assassinat de Rabin en 1995 et l’évacuation de Gaza en 2005 qu’il n’en est rien : « Au total , contrairement à nombre de prévisions alarmistes en vogue dans les années 1990, le socle du sionisme demeure manifestement solide et rares sont les États et les sociétés modernes à avoir connu aussi peu d’irruptions de violence en leur sein. »

« Assumer la puissance » et « Penser l’espace » sont les deux dernières parties de cet ouvrage dense.

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