L’obsession des frontières – Michel FOUCHER - Éditions PERRIN - 2007

, par Didier Masfrand

Michel Foucher semble s’appliquer à lui-même le titre de son ouvrage, tant depuis 1986 avec « L’invention des frontières », il est sans doute l’observateur le plus averti de cette problématique.
Il nous livre ici en quelques 200 pages le point le plus récent sur une question, qui reste prégnante dans le cadre des relations internationales : « Depuis 1991, plus de 26 000 kilomètres de nouvelles frontières internationales ont été instituées, 24 000 autres ont fait l’objet d’accords de délimitation... »

Une longue introduction pose un bref cadre historique en rappelant que : « Les frontières sont des discontinuités territoriales, à fonction de marquage politique. » tout en s’interrogeant sur les conséquences de la mondialisation et de ses effets : « la scène frontalière mondiale est ainsi marquée d’un double mouvement d’obsolescence et de résistance de ses attributs. ». C’est ce rapport paradoxal que M. Foucher s’efforce de révéler dans la suite de son ouvrage. Il serait vain d’égrener ici les longs kilomètres parcourus, mais l’auteur nous invite à arpenter avec lui ces espaces particuliers souvent objets de contentieux. Sa première partie étudie les règlements récents, zone géographique par zone géographique, en recherchant des problématiques locales : « Comment dessiner des lignes dans le sable ? - Du bon usage des limites héritées : le programme frontière de l’Union Africaine -Régler les frontières par la technique... ».
Le deuxième chapitre est problématisé à partir de la motivation de : « clôturer les limites ». Ainsi, comme Foucher nous le précise : « si les programmes annoncés de murs, clôtures et barrières métalliques ou électroniques étaient menés à terme ils s’étireraient sur plus de 18 000 km. ». Du Cachemire, ou l’armée indienne fait édifier un dispositif de contrôle à base de radars et de capteurs thermiques ( technologies acquise auprès de l’état israélien ), aux murs marocains dans le désert saharien, chaque « contre-modèle », par rapport à ce symbole qu’était : « le démontage du mur de Berlin » est passé au crible de cette étude. Dans les pages consacrées à : « Ces nouveaux murs sécuritaires qui incarnent une mondialisation négative. » M. Foucher porte un jugement assez critique sur l’entreprise de délimitation des frontières israéliennes et rappelle la note de Théo Klein à Ariel Sharon : « La frontière idéale n’est-elle pas celle qui donne à chaque peuple le sentiment d’être libre chez soi, parce que, alors, la frontière peut-être un lieu de rencontre et de coopération plutôt qu’une ligne de confrontation ? »
On retiendra plus particulièrement la problématique du chapitre 4 : « Ou les frontières de l’Europe doivent-elles se situer ? ». L’étude s’interroge sur la continuité possible de la « méthode schumanienne de dévaluation des frontières... ». Tous les projets futurs sont envisagés par l’auteur, nous replaçant ici dans un débat d’idées encore tout chaud du traité de Lisbonne.
L’annexe cartographique porte essentiellement sur cette question, avec 6 cartes sur 9. Du scénario géostratégique américain au scénario géopolitique européen, chacun sera ainsi informé des possibles : « frontières ultimes de l’Union »
Au bilan, un livre qui se lit facilement, peut-être pas d’une traite, mais au coup par coup, pour éclairer un chapitre de nos programmes de lycée ou collège. Le texte est clair, toujours précis et documenté.
Les pages consacrées à l’Europe et aux nouveaux états issus de l’ex-URSS sont sans doute les plus utiles au professeur et à ses élèves.

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