Un secret

, par Solange Pierrat

"Un secret" est un petit roman autobiographique de Philippe Grimbert, psychanalyste et romancier. Ce livre, couronné en 2004 par le Goncourt des lycéens est à conseiller aux élèves de troisième et de première. Pour élèves et enseignants, c’est une contribution à notre réflexion sur la Mémoire et l’Histoire, notamment dans ce qu’elle a de plus tragique, le génocide des juifs au cours de la seconde guerre mondiale.

Dans la première partie du roman, la Mémoire est cachée à l’auteur. Celui-ci, petit garçon à l’apparence chétive, grandit au sein d’une famille sans histoire et ...silencieuse. Ce qu’il sait d’elle est peu de chose : ses grands parents viennent de Bucarest et ses parents ont fui Paris durant la guerre. Le petit garçon rêve, se réinvente la vie de ses parents dans l’entre deux guerre, leur rencontre. Enfant unique, il s’invente un grand frère. Un jour, le proviseur du lycée organise une projection aux élèves sur les camps d’extermination. Les élèves rient dans l’obscurité, des injures fusent. L’adolescent rit avec les autres pour cacher un malaise face aux images crues et obscènes. Mais brusquement, le rire le quitte et la violence l’emporte. Poussé par une force inconnue, il se bat contre les autres. Avant de rentrer chez lui, il fait soigner son œil meurtri par une voisine, vieille amie de la famille. Et là, la Mémoire occultée lui est révélée, récit d’une passion qui se déroule sur fond de guerre et d’antisémitisme, et dont l’issue tragique a marqué tous les protagonistes. Patiemment, la Mémoire se reconstruit. Les morceaux du puzzle se reconstituent, toujours dans le silence d’une quête, inconnue de ses parents. A 18 ans, l’auteur se rend au Mémorial de la Shoah, pour découvrir ce que personne n’a pu encore lui transmettre. Il retrouve les noms des siens, le numéro de leur convoi, leur destination : Auschwitz.
Ce livre est une lecture à conseiller à nos élèves Elle peut s’accompagner d’un travail interdisciplinaire au collège entre Lettres et Histoire. L’enseignant pourra par exemple demander aux élèves de faire coïncider la chronologie de l’histoire familiale à l’Histoire de la persécution des Juifs en France au cours de la seconde guerre mondiale. Retrouver à travers les déplacements de la famille, les lieux de vie des différents personnages, la géographie de la France occupée. Un détour par l’éducation civique permettra de se poser des questions sur la question de l’intégration en essayant de comprendre les réactions successives du père, de son refus de porter l’étoile jaune, jusqu’au changement de son nom après la guerre et le baptême catholique donné à son fils.
Une visite au Mémorial de la Shoah prendra après la lecture du roman tout son sens. Elle pourra rendre plus intelligible la démarche qui a donné naissance à la salle regroupant les photos des enfants déportés. Cette salle interpelle souvent les élèves, qu’elle les fascine ou leur fasse peur. Mais toujours elle les laisse plein d’émotion.
Ce roman interpellera aussi les enseignants : la scène relatant la projection du film au lycée, film qui ressemble fort dans sa description à « Nuits et Brouillards » n’est pas sans nous poser des interrogations sur la façon dont on utilise certains supports et sur la façon dont ces documents sont reçus . Ou encore, la scène de l’oral du bac : l’auteur interrogé sur Laval ne peut bredouiller qu’une phrase, tétanisée par la conviction d’être face à un enseignant antisémite.

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