1936 : La France à l’épreuve des jeux Olympiques de Berlin

, par Solange Pierrat

Ce livre facile à lire est le travail de deux journalistes sportifs, Fabrice Abgrall journaliste à France Inter/France Info et François Thomazeau, prix du meilleur journaliste sportif de l’année 2004. La perspective des JO de Pékin en août 2008, et les débats que ces jeux sucitent sont l’occasion de découvrir ou redécouvrir ceux qui ont agités la France des années 30 à l’occasion des JO de Berlin.

Les auteurs ont choisi de nous présenter 16 personnes connues ou peu connues, impliquées à différent degré dans cet événement et dont les portraits esquissés sont regroupés dans trois parties distinctes.

La première partie rassemble les acteurs politiques.
En quelques pages, se dessinent à travers leurs prises de positions à la chambre des députés, dans la presse, les personnalités de Léon Blum, son secrétaire d’état, Léo LaGrange, l’ambassadeur de France en Allemagne, André François Poncet, et enfin, deux députés qui s’affrontèrent dans l’hémicycle lors du débat sur la subvention olympique : François Piétri, homme de droite, et Florimond Bonte, communiste.
La deuxième partie rassemble les portraits ou les interviews des acteurs sportifs. Il peut s’agir d’athlètes aujourd’hui méconnus : Noel Vandernotte qui participe à 12 ans aux épreuves d’aviron, Guy Lapebie, le cycliste des Landes qui s’entretient en 2005 avec les auteurs, ou encore le nageur Alfred Nakache, juif pied noir de Constantine. Mais d’autres acteurs sont décrits dans cette partie, comme le baron Pierre de Coubertin, qui apportera un soutient sans faille aux JO de Berlin mais aussi à Hitler, ou encore, le président du Comité Olympique Français, Armand Massart qui comparait le rôle du CIO à celui de la SDN.
La troisième partie enfin rassemble les écrivains et les journalistes : les académiciens Louis Gillet et d’Ormesson, hommes de droite qui tentent de décrypter derrière la fête sportive le message politique, les journalistes qui suivirent les événements, comme Jacques Goddet du journal l’Auto (et fondateur de l’Equipe après guerre), Malraux qui soutient les Olympiades Populaires de Barcelone et s’engage dans la guerre d’Espagne

La lecture de cet ouvrage nous permet de saisir une certaine réalité française de l’entre deux guerre. Le sport en 1936 est pratiqué par très peu de personnes, et celles ci appartiennent en grande majorité aux classes moyennes et bourgeoises. Les athlètes qui vont à Berlin sont très jeunes, peu politisés, ignorant bien souvent les enjeux de l’événement. En France, le sport c’est encore un divertissement, un passe temps, pour lequel aucun gouvernement ne s’est encore engagé. Il est peu encadré, peu soutenu, et 100 % amateur. Rien à voir avec ce qui se passe de l’autre coté du Rhin ou des Alpes. Les équipements manquent, et l’impréparation des Jeux au niveau national est flagrante. Aucune directive n’est donné aux participants ce qui explique la confusion au moment de l’ouverture des JO : un matériel qui n’a pas suivi les équipes, privées de ce fait d’entrainement, des tenues pour le défilé qui arrivent la veille et ne correspondent pas aux tailles des athlètes…Et puis l’irréparable faute du salut olympique fait à Hitler, salut que la foule prendra pour le salut nazi ce qui vaudra à l’équipe française médusée la plus grande ovation de la journée. De la même façon, les larges extraits des lettres d’André François Poncet ou Louis Gillet nous permettent de saisir l’inquiétude des intellectuels français face à la découverte de cette nouvelle Allemagne, qui vibre dans le stade olympique et qui fait peur. Fabrice Abgrall et François Thomazeau nous font entrevoir également que les prises de position des acteurs de 1936 reflètent les engagements qu’ils prendront quatre ans plus tard, lorsque l’heure d‘autres choix plus graves sera venue.

Un livre facile à lire et de lecture rapide, à découvrir avant les vacances si l’on souhaite montrer aux élèves que les JO ont une histoire. Les larges extraits proposés des débats, lettres, rapports officiels peuvent être utilisés pour agrémenter les cours sur le Front Populaire, lAllemagne hitlérienne, la marche à la guerre...Mais ce livre "grand public" vous fera aussi passer un bon moment au cours de vos vacances, en attendant les JO.

Partager

Imprimer cette page (impression du contenu de la page)