Lettre de Guy Mandon, IGEN, 2009

LES ARCHIVES DE STRABON

Chers collègues,

Je remercie l’Inspection pédagogique régionale de votre académie de me donner l’occasion de ces quelques lignes à votre intention. Je salue surtout son initiative de formation autour de l’épistémologie, qui me paraît très riche de perspectives.
En plaçant au centre du débat la leçon (et non le cours), approchée comme le lieu de traitement d’une question délimitée par la programmation du professeur à partir de son appropriation du programme, elle annonce un contenu articulé sur une réflexion didactique qui le rend cohérent et évaluable dans le cadre d’une progression. Or, la maîtrise didactique ne peut se contenter de la connaissance même scientifiquement établie des faits. Elle suppose la prise en compte de la réflexion sur le sens qu’apporte seule l’épistémologie. Le mot paraît souvent lourd, mais tant mieux ! Enseigner l’histoire, c’est en permanence construire une démarche reposant sur une présentation des faits en adéquation avec la singularité d’une classe et la diversité de ses élèves, qui ne recevront cet enseignement que de nous. L’extrême intérêt de notre beau métier est dans cette liberté créatrice qui sait s’installer dans des cadres définis qui préservent l’unité de notre enseignement. Mais elle suppose que nos choix soient en permanence éclairés par la réflexion sur le sens !
La décennie qui s’achève nous a vus souvent pris au dépourvu sur les questions de sens : rappelons-nous les débats sur la mémoire ou le fait religieux. L’enseignement de l’histoire a ici beaucoup à apprendre de celui de la géographie qui a tant gagné depuis deux décennies à avoir réussi sa mue : on voit ainsi son apport pour faire entrer les élèves dans les débats sur les questions de l’heure comme celle du développement durable. Dans les circonstances actuelles, sommes-nous capables, par exemple, de faire surgir un discours sur la crise, de préserver des analogies rapides et trompeuses. Sommes-nous aptes à éclairer sur ses composantes et ainsi de déceler pas à pas sa singularité (notamment dans son contexte mondial) ?
Nous débattons aujourd’hui légitimement de la place qui nous sera faite demain au lycée, avec la conviction que nos disciplines sont irremplaçables. Mais nous devons aussi convaincre. En abordant les thèmes qui vous sont proposés, il me semble que vous êtes au cœur de la construction de cette légitimité.
C’est pourquoi, je vous souhaite, dans le cadre proposé par vos inspecteurs, un fructueux travail d’enrichissement de votre métier de professeur d’histoire, c’est-à-dire non de « profs », mais de vrais spécialistes mettant leurs compétences au service des élèves pour leur permettre d’être un peu plus les acteurs de leur histoire.

Guy Mandon, Inspecteur général de l’Education nationale, correspondant académique

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