Sciences et curiosités à la cour de Versailles

, par Pascale Morniche

Cette exposition originale sera très utile pour aborder la nouvelle question du programme de seconde : "L’essor d’un nouvel esprit scientifique et technique" (XVIe-XVIIIe).

Le site de l’exposition contient de nombreux documents (textes, vidéos et iconographies) très utiles pour la classe.

Associer Versailles et les sciences est à première vue une idée paradoxale. L’exposition qui vient de s’ouvrir est elle-même une démonstration scientifique de ce que des générations d’historiens et de conservateurs n’ont pas su voir dans les lieux, dans les décors, dans les peintures, dans les objets, dans les ouvrages du château. Il a suffit que Béatrix Saule pose la question « Versailles est-il un lieu de sciences ? » pour qu’une cinquantaine de chercheurs se mettent au travail pendant plus de trois ans et produisent avec l’appui des conservateurs sous la direction de Catherine Arminjon et de Raphaël Masson, ces réponses multiples que nous offre cette magnifique exposition qui couvre le Grand Siècle et le Siècle des Lumières.

Une exposition de grande taille puisqu’elle présente plus de quatre cents objets dans une dizaine de salles. La muséographie due à Frédéric Beauclair est extrêmement bien réussie avec des effets spectaculaires, un rythme de progression dans la visite, un discours bien conduit. On est accueilli par un immense écran panoptique qui présente tous les lieux de sciences à Versailles et dans les maisons royales sous un globe de Coronelli grandeur nature. On a compris, on est vraiment au centre d’un lieu scientifique de grande ampleur. Plus loin, sont reconstitués la volière de la Ménagerie, une serre de Trianon, l’Apothicairerie de Saint Germain, l’espace du parc coté du Dragon avec les instruments de topographie et de nivellement. Le rythme se poursuit avec des pièces muséographiques majeures, telle la fabuleuse pendule de Passemant ou celle, d’une facture presque contemporaine, de la création du monde qui rythme les quarts d’heure, le modèle « réduit » (2,16 m par 2,20 m) du vaisseau le Louis XV, l’extraordinaire miroir ardent du comte de Villette ou œuvres en mineur quant à la taille, des règles de mathématiques, des pieds de roi, des microscopes, les lettres en romain du roi, des mocassins en patte d’ours, le modèle des cônes de Cherbourg, le rapport de Lavoisier pour améliorer l’allumage du feu d’artifice pour le mariage du dauphin, futur Louis XVI. Sur les tableaux chronologiques, ancêtres de nos axes pour apprendre l’histoire, sortis pour la première fois de la Bibliothèque municipale de Versailles, vous chercherez la date de la Création du monde. Désormais, on regardera différemment l’appartement des planètes après la lecture astronomique du tableau du char de Saturne entouré de ses trois satellites, ces étoiles ludoviciennes découvertes en 1671 et 1672.

L’exposition se visite sous le regard de tous les scientifiques qui ont participé aux démonstrations scientifiques à Versailles. Même Olaus Roemer est venu du Danemark. Du Verney est encore plongé dans le ventre de l’éléphant. Mme de Châtelet est à coté du duc de Chaulnes, beau-frère d’un des plus grands collectionneurs Bonnier de la Mosson, et ce duc et pair est représenté en peau de léopard. Réaumur a son sourire malicieux. Les petits princes sont là, Louis XV sous le regard du cardinal de Fleury, le duc de Chartres, le comte de Provence, le dauphin fils de Louis XV, enfants d’une dizaine d’années qui ont reçu à divers titres une éducation scientifique avec des précepteurs majeurs.

On hésitera quand même à utiliser la chaise volante de Mme de Châteauroux, ancêtre de l’ascenseur, reconstituée grandeur nature et en action. En revanche, aucune ambiguïté sur l’extraordinaire tableau par anamorphose de Louis XV par Charles-Amédée Van Loo : les vertus peintes sur le coté du tableau concourent à former la tête du roi quand on l’observe avec une lentille polyédrique. Prodiges d’optique, de mécanique, de précision, merveilles de description des phénomènes scientifiques, somme des savoirs du monde à la cour, tous sont rassemblés ici dans une présentation éblouissante qui se termine par un salon des glaces, lieu d’expérimentation. Pour tout comprendre et admirer des objets souvent présentés pour la première fois au public, il faut passer du temps, observer les cartels rédigés avec une grande précision et simplicité pour les moins avertis. Et surtout, les expériences sont rendues faciles à comprendre grâce aux nombreux écrans qui montrent le fonctionnement de différents instruments, des fontaines intermittentes au miroir ardent. Des documentaires reconstituent l’ampleur de la ménagerie royale et la diversité de ses animaux exotiques, l’importance de la lutte pour l’eau sur le Plateau de Saclay. Les visiteurs locaux ne pourront plus ignorer l’importance historique de l’aqueduc de Buc, ni celui de cet espace naturel unique aménagé par les hommes qui apportait de l’eau au Parc de Versailles et qui, presque intact de nos jours, est encore si particulier aux portes de l’agglomération du Grand Paris. Vous ne pourrez pas vous plonger dans le baquet de Messmer mais vous faire électriser par les démonstrateurs du Palais de la Découverte, ressentir le coup de foudre pour cette exposition si riche et si dynamisante pour l’esprit. Versailles est donc le lieu de science de la monarchie : CQFD.

Pascale Mormiche, Université de Cergy-Pontoise

On peut aussi sur ce sujet consulter le dernier numéro de la revue Doc Sciences.
http://www.docsciences.fr/DocSciences-Junior1

Voir en ligne : Voir le site de l’exposition

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