Accueil > Enseigner > Ce que font nos élèves > Mener son enseignement dans une classe comprenant un élève sourd

Mener son enseignement dans une classe comprenant un élève sourd

mardi 19 décembre 2017, par Sandy Farella

Lorsque j’ai appris que je devais accueillir un élève sourd en classe de quatrième, mon premier sentiment a été l’inquiétude. Les questions se sont multipliées : de quelle façon adapter mon enseignement ? De quelle façon répondre aux besoins particuliers de cet élève et à ceux de l’ensemble du groupe ? Ces questions ont trouvé une partie de leurs réponses lors d’une rencontre avec les professionnels de santé de l’association CODALI qui suivent l’élève depuis plusieurs années. Mais c’est véritablement l’expérience de la classe avec l’ensemble du groupe qui m’a permis d’adapter et de sécuriser mon enseignement.

Pierre (le prénom a été modifié) est sourd à 80%. Il est appareillé et bénéficie d’un suivi en orthophonie trois heures par semaine. En classe, je porte un H.F, un haut-parleur transcripteur. Ce dispositif permet de restituer 70% de ce que je dis, les 30% restant étant rendus par le langage labial et le langage psychologique (contexte du cours).

L’espace de la salle de classe

L’élève doit être placé devant le tableau. Je dois toujours être située dans son champ de vision. Lors de mes déplacements dans l’espace de la salle de classe, je dois limiter mes interventions orales et revenir à ma place pour qu’il puisse lire sur mes lèvres. Cette modalité de cours impose un silence relatif puisque l’élève sourd ne peut pas identifier l’origine des sons émis. Les 25 élèves de la classe sont assez bienveillants et comprennent l’enjeu que constitue le silence.
En début de cours, avant que je ne porte le H.F, je double ce que je dis par des gestes : l’entrée des élèves, leur installation, l’ouverture des cahiers. Pour permettre une plus grande de fluidité, ces rituels sont plus marqués que dans les autres classes. Par exemple, à l’entrée en classe, les élèves sont invités à s’asseoir très rapidement. Cette phase d’installation me donne le temps de mettre le H.F. Les élèves prêts, je lance l’activité. Une fois les élèves au travail, j’enregistre l’appel.

Le rythme du cours

L’élève est sérieux, voire perfectionniste. Par ailleurs, il ne cherche pas à cacher son handicap. Il exprime ses difficultés et signale quand les appareils ne fonctionnent pas.
Sa présence modifie le temps du cours. En effet, le rythme est plus lent puisque je dois répéter ce que chaque élève dit afin que Pierre puisse suivre la séance. Le cours dialogué est donc un exercice assez difficile, qu’il s’agisse des questions que les élèves posent ou des corrections des activités. Par ailleurs, les mots de vocabulaire difficiles ou ceux dont la prononciation peut être proche doivent être écrits au tableau, comme les devoirs.

Mon enseignement doit donc être particulièrement sécurisé. À noter que six élèves sont en difficulté et ont aussi besoin de mon attention et de mon aide. Les répétitions ainsi que ce rythme plus lent permettent à tous d’entrer progressivement dans les apprentissages, chacun à son rythme. Cette pratique me permet de rendre plus actifs tous les élèves, y compris les plus en difficulté. Leur participation est plus facile et ils n’hésitent pas à se manifester en cas d’incompréhension. Les élèves les plus performants, quant à eux, sont davantage dans la coopération. La différenciation me permet de leur donner des activités supplémentaires et avec un niveau de difficulté adapté à leurs besoins.

Les supports de cours et d’évaluation

Si les gestes professionnels sont modifiés par la présence de cet élève, les supports de cours le sont également. Les supports vidéos ne peuvent pas être proposés s’ils ne sont pas sous-titrés ou si je ne peux fournir le script à l’élève. Par ailleurs, les travaux de groupes sont difficiles à mettre en œuvre. Le H.F doit être placé au centre du groupe afin que l’élève puisse échanger avec ses camarades. Cette modalité est d’autant plus contraignante que l’élève n’a plus accès à mes remarques. Je dois donc revenir vers le groupe régulièrement.
Concernant les évaluations, l’élève bénéficie d’un tiers temps. Les évaluations ne sont pas adaptées. Les exercices sont les mêmes que les autres élèves mais leur nombre est réduit (un exercice en moins en général). En effet, Pierre est sourd depuis la naissance et n’a parlé qu’à l’âge de quatre ans. Il a donc appris le français comme une langue étrangère. Son temps de compréhension des consignes est, de ce fait, plus long.

Des gestes professionnels adaptés

L’accueil d’un élève sourd en milieu ordinaire a donc des conséquences sur les gestes professionnels de l’enseignant. Sa présence invite à être plus attentif et finalement ces changements de pratique permettent de mieux capter l’attention du groupe et de rendre les élèves plus actifs dans les activités. La différenciation est d’autant plus nécessaire que certains élèves exigent un rythme plus rapide pour répondre à leurs besoins.

Réfléchir à l’organisation du travail en classe en prenant en compte les besoins de Pierre a ainsi permis d’améliorer la différenciation et de faire bénéficie chaque élève de cette réflexion.

Liens dans l'académie