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Un projet d’écriture sur les parcours migratoires en UPE2A

samedi 30 juin 2018, par Juliette Blin

Ce projet a été réalisé dans la classe d’UPE2A du lycée Fernand et Nadia Léger d’Argenteuil. Cette section a été créée à la rentrée 2017 et ses effectifs sont fluctuants. Lorsque nous avons mené ce projet, la classe comptait 12 élèves (20 aujourd’hui) ; il y avait des élèves nouvellement arrivés depuis quelques semaines seulement et d’autres qui étaient présents depuis septembre 2017 (4 élèves /12). Ainsi, le niveau des élèves et leur maîtrise de la langue française étaient très disparates.

Motivations et genèse du projet

Deux heures par semaine d’Histoire/Géographie/EMC sont allouées à cette classe. En effet, pour l’ouverture de la section, nous avons mis en valeur avec le chef d’établissement et l’équipe pédagogique, la nécessité de l’acquisition des éléments fondamentaux de la culture et de la citoyenneté française pour ces élèves.
J’ai choisi de mener ce projet car c’est la première fois que j’ai des élèves d’UPE2A en charge et que le fait de partir de leurs origines diverses était une porte d’entrée vers la rédaction en français, la géographie et l’histoire. Ce projet permettait d’échanger, aussi bien à l’oral qu’en construisant un récit à l’écrit.
Il s’agit à la fois de mettre en valeur leur histoire et origine, tout en permettant l’initiation au témoignage et au récit, la mise en pratique de la langue française et l’utilisation des TICE. De plus, comme ce travail a été réalisé sous la forme d’un projet, il a permis de souder davantage cette petite classe d’UPE2A en permettant l’entraide entre les élèves, par exemple sur la rédaction en français qui était mieux maîtrisée par certains et qui allaient spontanément aider leurs camarades.

Des objectifs de compétences

Les compétences visées par ce projet sont :
- rédiger en français ;
- savoir se présenter et s’exprimer en français ;
- élaborer une trace écrite finie ;
- utiliser des TICE : rédiger un texte, faire des recherches sur internet, insérer des images avec légende dans un document ;
- travailler individuellement et collectivement ;
- travailler sur la compréhension de l’espace géographique et du temps historique à partir de son histoire individuelle (situation de migration).
Descriptif du projet :

Le travail part d’un tableau d’analyse des migrations à compléter par les élèves. Cette activité met en avant les questionnements suivants :
- Qui ? (Profil socio-économique)
- Quand et par quel chemin ? (D’où à où, quelles étapes ?).
- Les conditions du voyage
- L’arrivée (étapes, intégration)

migrer partir voyager arriver S’installer
Identité du migrant Qui et avec qui ?
Quand ?
D’où à où ?
Pourquoi ?
Par quels moyens de transport ?
Quelle durée ?
Quelles étapes ?
Quelles conditions/étapes pour le passage de la frontière ? Quelle intégration ?
Quelle installation (où) ?
Quel ressenti ?

Ce travail est réalisé en 45 min, puis les élèves doivent mettre en récit les différents éléments renseignés.

La mise en récit se fait en deux temps : tout d’abord, les élèves réalisent un brouillon qu’il convient de corriger avec eux. Puis ils produisent une deuxième version à l’aide de la correction. La deuxième version donne lieu à une nouvelle vérification. Cette étape prend au moins deux heures par élève.

La mise en forme des récits permet l’utilisation des TICE. Elle prend trois heures.
Ce récit est complété de cartes et documents divers (photographies, etc.).
Les élèves apprennent à mettre en page un document informatique, à insérer et légender des images, etc.

Le projet final se présente sous la forme d’un feuillet compilant les récits classés, comprenant aussi une page de garde et un sommaire.
Il faut compter six à huit heures minimum pour la réalisation de ce projet.
Les élèves ont finalement choisi le titre : « Nous sommes tous différents »

Les difficultés et les satisfactions

La difficulté la plus importante fut la gestion de l’hétérogénéité des élèves par rapport à leur niveau en langue française, car plusieurs élèves comprenaient le français et le parlaient sans savoir l’écrire, quand d’autres étaient beaucoup plus avancés. Gabriel, élève arrivé de Moldavie, était dans la classe et apprenait le français depuis seulement six semaines au début du projet. Aminata, élève venant du Mali, était totalement analphabète à son arrivée, elle n’avait jamais été scolarisée et comprenait partiellement le français. J’ai transcrit pour elle son histoire et elle a ensuite été aidée par plusieurs de ses camarades pour le traitement de texte informatique.

Le travail sur la langue (construction et temps du récit) a fait l’objet d’un travail interdisciplinaire car nous nous sommes consultées avec mes deux collègues de français (Mme Chaumont Sylvie et Mme Gormit Lamia) concernant la progression des acquisitions des éléments grammaticaux et de la conjugaison française. J’ai décidé de les faire rédiger au présent de l’indicatif et au passé composé. J’ai passé beaucoup de temps avec chaque élève pour corriger les différentes versions des récits et faire comprendre les fautes. Enfin, aucune longueur minimale n’était attendue pour le récit final, chaque élève pouvant ainsi s’exprimer par rapport à son niveau en langue française.

Travail d’écriture des élèves

La page de garde du projet a été réalisée par les élèves en cours d’Arts Appliqués. Nous nous sommes concertées avec ma collègue Alice Jomain pour ce faire. Nous étions d’accord sur l’idée de mettre en avant sur cette couverture leur pays d’origine à partir de dessins qu’ils réaliseraient eux-mêmes.

Couverture du projet réalisée par les élèves

La dimension numérique

Les élèves, peu familiarisés à l’utilisation des TICE pour certains, se sont lancés dans la rédaction de leur récit à l’aide d’outils de traitement de texte et dans la recherche documentaire. En effet, chaque élève avait pour consigner d’agrémenter son récit de documents relatifs à son pays d’origine (par exemple une carte du pays, le drapeau, etc.). Je leur ai expliqué méthodologie générale de la recherche informatique et la mise en page, en leur montrant comment créer une légende pour un document et surtout, comment bien référencer et citer les sources d’où étaient extraits ces documents.
C’est Gabriel, un des élèves du groupe, très à l’aise avec l’outil informatique, qui a réalisé le sommaire du livret.

La page de garde a été réalisée par les élèves, aidés de leur professeure d’arts appliqués, Mme Alice Jomain. Ils se sont livrés à un travail de numérisation puis de mise en page des dessins numérisés. C’est leur professeur qui a bien entendu finalisé le travail, après que les élèves aient mis en page leur maquette.

Pour ma part, je me suis sentie à l’aise dans l’utilisation du numérique avec les élèves car j’ai déjà pu participer à plusieurs FUN, Forum des Usages Numériques dans le bassin d’Argenteuil. Ces formations m’ont donné des idées de mises en pratique et d’activités numériques, qu’il convient d’adapter au niveau de la classe. La difficulté de l’utilisation du numérique avec les UPE2A réside dans la disparité du niveau des élèves, car, par exemple, Aminata n’avait jamais utilisé un ordinateur de sa vie, d’autres n’en avaient pas chez eux mais à l’inverse, certains comme Gabriel étaient beaucoup plus familiarisés avec cet outil. Il est vrai qu’une quotité horaire plus importante pour l’utilisation du numérique aurait été appréciable, mais, faute de temps, nous n’avons pas pu pousser le travail plus loin.

Perspectives

J’aimerais aller encore plus loin l’an prochain dans la reproduction du projet, si j’ai la chance de pouvoir le mener à nouveau, en mettant en voix les récits. En effet, nous disposons au lycée d’une web radio et de matériels d’enregistrement qui permettraient aux élèves de s’enregistrer et de diffuser leur récit.
Cette mise en voix pourrait aussi être adaptée en pièce de théâtre dans le cadre d’une expression scénique (les élèves disposant de deux heures de pratique théâtrale).
D’un point de vue méthodologique et en prenant en compte la difficulté de l’hétérogénéité des élèves, il conviendrait de tenter de mieux gérer encore les disparités de niveau de ces élèves allophones en travaillant davantage sur la différenciation pédagogique.

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